Pour un bilan du déplacement forcé des enfants de Reynerie

En PDF : lettre rectrice janvier 2019

Lettre à Mme la Rectrice :

Toulouse, le 19 Janvier 2019

Mme la Rectrice,

Nous vous demandons de bien vouloir nous recevoir très prochainement car nous avons de nombreuses interrogations et inquiétudes au sujet des conséquences de la fermeture du collège Badiou à Reynerie et du projet équivalent à Bellefontaine.

Comme vous le savez sûrement, une forte opposition s’est manifestée dès l’annonce de la fermeture du collège Badiou.

Malgré les argument de nombreux parents et habitants pour garder le collège de proximité, le CD et le rectorat ont refusé toute discussion avec les gens concernés. La décision a toujours été présentée comme « non négociable » et les nombreux opposants se sont heurtés au mépris et aux mensonges des institutions. Le déplacement forcé des élèves a donc commencé à la rentrée 2017, mettant parents, enseignants et habitants devant le fait accompli.

Aujourd’hui, plus d’un an après le début de cette expérimentation, et alors qu’elle doit s’étendre au collège voisin de Bellefontaine, nous renouvelons la demande de bilan avec vos services que nous vous avons adressée en décembre dernier.

Voici quelques points qui nous l’espérons vont attirer votre attention :

1) Nous avons appris (CDEN « mixité » du 26/11/18) qu’un tiers des enfants déplacés dans des collèges éloignés a moins de 10 de moyenne. Cela remet en cause la raison officielle invoquée il y a 2 ans par M. Meric du CD et M. Caillaut du Rectorat pour justifier la fermeture et le déplacement forcé des enfants du quartier. Leur argument était que « les REP avaient prouvé leur échec, vu les résultats obtenus à Badiou ». Aujourd’hui, les chiffres sont à l’identique, si ce n’est plus bas.

Nous avons toujours insisté pour expliquer que le fonctionnement en REP+ permettait de prendre en compte les enfants en très grande difficulté scolaire. Or, qu’est-il prévu pour ce tiers d’enfants déjà en difficulté en 6°, sachant qu’ils ne bénéficient plus des dispositifs spécifiques REP+ en termes non seulement de suivi scolaire, mais encore de suivi social et médical et que dès la 5° ils se retrouveront dans des classes à 30 élèves ? Comment vont-ils vivre leur « échec » si, comme c’est à craindre, leurs résultats ne s’améliorent pas et au contraire empirent ? Seront-ils présentés au brevet, ou réorientés avant la classe de 3° pour ne pas grever les résultats des collèges d’accueil ? A Badiou, ces élèves étaient pris en charge jusqu’en fin de 3°.

Nous nous inquiétons d’autant plus que l’expérience en cours impose un surcroît de fatigue aux enfants du quartier, avec des journées rallongées par les transports scolaires et l’éloignement des collèges d’accueil. Et ceci au moment où de nombreux élus et spécialistes des rythmes scolaires s’élèvent contre des réveils trop matinaux et des temps de transport trop longs pour les lycéens et collégiens (M. Blanquer se dit d’ailleurs prêt à accepter la demande de Mme Pécresse en Ile de France pour un début de cours à 9h, et le CD construit des collèges de proximité pour les nouveaux quartiers de Toulouse, à la demande des associations de parents).

2) Nous avons aussi appris que seule une minorité d’enfants de Reynerie iraient au nouveau collège de St Simon, et ceci en contradiction avec les promesses faites de conserver un collège pour le quartier (200 élèves de Reynerie prévus sur les 4 niveaux au collège de St Simon 1, soit une cohorte de 50 élèves de 6°, équivalent aux effectifs de CM2 d’une seule école sur 5). Cela veut dire que la non-proximité est entérinée, et qu’il est prévu une pérennisation du déplacement des enfants. Il y a là une injustice flagrante.

3) Au collège Badiou, les classes sont à effectif réduit, les parents se déplacent facilement au collège en cas de souci, ils ont un contact direct et facilité aux équipes pédagogiques. Beaucoup participent d’une façon ou d’une autre à la vie scolaire. Il y a une proximité humaine et relationnelle exceptionnelle et formatrice tant pour les équipes que pour les parents ou les enseignants. Fermer le collège, c’est enlever du tissu social, c’est enlever des outils de médiation pour apaiser les tensions., c’est éloigner des parents de l’école. Il est regrettable de persister et d’étendre ce dispositif à Bellefontaine.

Madame La Rectrice, ce ne sont là que quelques points saillants du bilan demandé, mais qui pointent des conséquences possibles et pour certaines désastreuses à court, moyen et long terme de cette expérimentation sur le présent et l’avenir des élèves concernés, de leurs familles, et au-delà des habitants du quartier.

Comme la situation actuelle vous le démontre, le sentiment d’exclusion et de révolte engendré par le mépris peut prendre des formes surprenantes lorsqu’il s’exprime. Il est indispensable de mesurer aussi l’impact que des décisions administratives prises sans tenir compte de leur opinion aura sur ceux dont elle va modifier la vie et sur le sentiment profond d’injustice qu’elles peuvent susciter. C’est pourquoi il nous semble si important de rétablir le dialogue avec le rectorat sur la question cruciale du sort des collégiens du quartier, ce qui passe d’abord par une transparence réelle sur le bilan de l’expérimentation en cours, et la volonté de s’appuyer sur ce bilan pour la suite.

Dans l’attente de vous rencontrer pour en débattre, nous vous adressons nos sincères salutations.

 

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